Le choix du conservateur – Bon de Taylor & Wilson

Au Canada, au début du XIXe siècle, le manque de pièces poussa les commerçants à émettre de la monnaie de papier provisoire sous forme de petites coupures ou à importer des jetons de un demi-penny et de un penny pour pouvoir rendre la monnaie. Vers le milieu du siècle, la proclamation de la Confédération s’accompagna d’une nouvelle législation sur la monnaie, qui remédia plus ou moins à la pénurie. Toutefois, pour faire la promotion de leurs entreprises, les commerçants continuèrent à recourir à des jetons et à des bons (ou coupons-rabais), à l’image des programmes de fidélisation des clients qui existent de nos jours.
L’une des formes de monnaie privée, à savoir le bon, a été utilisée de façon limitée en Ontario, au début des années 1870. S’inspirant d’un système breveté par les frères Tiffany de Buffalo, dans l’État de New York, ce type de papier-monnaie donnait droit au porteur à un rabais (habituellement de 5 %) sur la valeur d’un achat. Les bons ne pouvaient servir que pour un seul achat, dont la valeur devait être égale ou supérieure au montant inscrit à leur verso. Ils avaient une valeur faciale allant de 5 cents à 50 dollars, et étaient ornés d’images et de figures allégoriques symbolisant l’industrie et l’agriculture, un peu comme l’étaient les billets de banque de l’époque. Ces bons étaient probablement distribués à des clients éventuels par des voyageurs de commerce dans l’espoir de stimuler les ventes.
Au Canada, W. W. Kitchen, de Grimsby, en Ontario, demanda un brevet canadien pour ce genre de monnaie privée, mais on ignore si ses démarches aboutirent. M. Kitchen était un vigneron et négociant-éleveur prospère, connu pour figurer parmi les premiers producteurs de vin dans la péninsule du Niagara.
De nos jours, ces bons sont rares. La Collection nationale de monnaies n’en compte que quelque 25 spécimens, émis par une poignée d’entreprises situées dans des villes de plus ou moins grande taille en Ontario. Le seul exemple connu à l’extérieur de cette province provient de Montréal.
La Collection nationale de monnaies a récemment eu la chance d’acquérir le bon de Taylor & Wilson représenté ci-dessus. Ce bon, comme tous les autres de la Collection, est le reflet d’entreprises d’une époque révolue. Le cigare au verso indiquait clairement au porteur que le bon – émis vraisemblablement entre 1870 et 1875 – se rapportait au tabac. Selon des sources de référence de cette période, John Taylor avait commencé à travailler comme marchand de tabac en 1861. Vers 1870, il fonda avec Samuel Wilson la société Taylor & Wilson, une entreprise spécialisée dans la vente de tabac et la fabrication de cigares, siégeant aux 118 et 120 de la rue Yonge, à Toronto. La compagnie demeura à cette adresse jusqu’aux alentours de 1872, avant d’emménager dans des locaux situés à proximité, au 2, rue Adelaide. Puis, en 1876, il semblerait qu’elle soit allée s’installer au 124 ½ de la rue Yonge. En 1886, l’entreprise Taylor & Wilson figurait parmi les plus importants fabricants de cigares en Ontario, et comptait entre 50 et 75 ouvriers qualifiés. Ses marques de cigares à 5 et à 10 cents incluaient Bouquet de Espana, Maple Leaf, Cricket, Club et Jolly Boys. Les deux hommes mirent fin à leur association en 1888, mais John Taylor reprit les affaires en appelant son entreprise United Cigar Factory.