Le choix du conservateur – Monnaie de carte de la Nouvelle-France (1685 – 1759)

Le choix du conservateur – Monnaie de carte de la Nouvelle-France (1685 – 1759)

Monnaie de carte de la Nouvelle-France (1685 – 1759)

La monnaie de carte est considérée comme la première monnaie de papier de l’Amérique du Nord. Elle a circulé surtout en Nouvelle-France, qui couvrait à l’époque un territoire comprenant la majeure partie du Québec actuel, l’Ontario, le Labrador, le Nouveau-Brunswick, l’île du Cap-Breton, l’Île-du-Prince-Édouard, le Nord de Terre-Neuve ainsi qu’un vaste couloir traversant le Midwest américain jusqu’en Louisiane.

Elle est née de la nécessité d’imaginer un expédient pour remédier à une situation potentiellement délicate : une pénurie de pièces pour rémunérer les troupes pour la plupart stationnées dans la ville de Québec. Quand, en 1685, Jacques de Meulles, alors intendant de la Nouvelle-France, se trouva à court de pièces, il entreprit de rédiger des billets d’une valeur de 15 et de 40 sols ainsi que de 4 livres au verso de cartes à jouer, d’où le terme « monnaie de carte ». Garantie par l’intendant, la monnaie de carte était destinée à être échangée dès l’arrivée de France des cargaisons de pièces. Louis XIV condamna l’utilisation de la monnaie de carte, mais les autorités coloniales françaises, faute de solution de rechange, continuèrent d’en émettre jusqu’au tournant du dix-huitième siècle. Il faut dire que l’intendant veillait à ce que les billets soient rapidement honorés et détruits avant que leur usage ne porte à conséquence. Jusqu’à présent, aucun exemplaire des monnaies de carte originales n’a été retrouvé.

choix du conservateur | Monnaie de carte de la Nouvelle-France (1685-1759)

(À gauche) Nouvelle-France, 1749, monnaie de carte de 15 sols – 1968.286.1. (À droite) Nouvelle-France, 1733, monnaie de carte de 24 livres – 1963.40.7. Ces deux cartes portent la signature ou le paraphe de l’agent Jean-Victor Varin de la Marre, de l’intendant Gilles Hocquart de Champerny et du gouverneur de la Nouvelle-France, le marquis de Beauharnois.

En 1729, la colonie est à nouveau aux prises avec une pénurie chronique de pièces. On met à nouveau en circulation de la monnaie de carte, mais avec l’aval de Louis XV cette fois, car on élude ainsi le problème du transport de pièces précieuses vers la colonie. Les cartes de cette deuxième série sont rédigées sur de simples cartes vierges (et non plus sur des cartes à jouer) et prennent des formes différentes selon leur valeur pour faciliter la tâche de ceux qui ne savent pas lire. La valeur nominale des cartes est très variable : elle va de 7 sols et 6 deniers à 24 livres (de 7 pence et demi à une livre dans le système britannique). La monnaie de carte se trouve alors à remplacer les pièces de faible valeur qui étaient soit thésaurisées, soit refusées pour cause d’usure. Les cartes côtoient d’autres formes de papier-monnaie, notamment les ordonnances et les lettres de change, réservées aux sommes plus importantes. On estime à un million de livres (près de 41 600 livres anglaises) la monnaie de carte encore en circulation à la chute de la Nouvelle-France en 1760. Celle-ci ne sera remboursée qu’à une fraction seulement de cette valeur, si bien que les colons de la Nouvelle-France n’auront dès lors plus guère confiance dans le papier-monnaie.

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